La cueillette de pommes
Depuis près de vingt ans, les particuliers se font cueilleurs dans les Vergers de Saint-Jean-de-Védas
Article de Midi Libre du 3 septembre 2010 :
Une pomme se cueille avec un peu de savoir-faire, il s’agit de ne pas la blesser ; qu’elle chute ou que la queue soit ôtée et c’est une plaie à venir, le fruit qui se conservera mal.

« Elles poussent souvent par paires, remarque Véronique de Bénazé. On en prend une dans chaque main, on lève la première dans une rotation du bras et clac, les deux restent dans vos mains. »
Ce geste du cueilleur, voilà des saisons que la blonde dame l’enseigne, de septembre à Noël, depuis que le joli verger de 3,5 ha bordé par la Mosson est envahi, à l’heure où mûrissent les fruits, par des apprentis cueilleurs de tous âges. Au Verger de Saint-Jean, on pratique la libre cueillette et ce qui était « petit complément » de revenus concerne aujourd’hui un quart de la production des quelque 20 t. « Ça remonte à 1993 : les pommes étaient restées petites, se souvient Bertrand de Bénazé, fermier d’une terre propriété des Boisgelin. On avait fait la récolte pour l’expéditeur et son technicien nous avait incités à laisser la grappille grossir et à ouvrir le verger. »

Deux décennies ont passé, le bouche à oreille a fonctionné et, le 1er septembre arrivé, on se presse désormais dans les alignements de pommiers parfois cinquantenaires. Tant, qu’il faut à Véronique jouer les voituriers d’un parking d’hôtel. La dame en sourit, comme elle s’amuse « d’une collection de jolis paniers dont il faudrait faire un concours » et entend d’une oreille attentive s’échanger « les recettes. »

Mais pourquoi ? « Financièrement, pour nous, c’est intéressant. La cueillette est manuelle et nous n’avons pas ici à rémunérer l’ouvrier. » Le cueilleur d’un jour arpente les rangs, remplit sac ou panier, pose le tout sur la balance et règle la note, moins élevée s’il a choisi des fruits au sol.

Du coup, sur le prix, l’acheteur trouve son compte, au-delà du plaisir de l’instant, partagé « par la grand-mère qui a mené son petit-fils au stade de rugby voisin et s’arrête, en attendant, cueillir 2 kg pour la semaine » ou les gros mangeurs remplissant le garage de leur consommation de l’hiver. Un temps, un pâtissier en faisait de même pour ses tartes et lorsque les pommiers fuji sont couverts de fruits, « c’est toute la communauté asiatique » qui se donne le mot, sourit Bertrand de Bénazé.

Ainsi, aimant les « produits frais », comme Marie-France, qui fera « des compotes pour les enfants que je garde » ; appréciant comme Maryvonne et Juan, des variétés plus anciennes dont le verger regorge, on ira jusqu’au 15 décembre se perdre entre ces fruitiers aux branches alourdies de granny smith, chanteclerc, braeburn, à mesure que les variétés arriveront à maturité.
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